Piétonnier : allez de l’avant et engagez une concertation coordonnée

En créant un vaste piétonnier dans le centre de Bruxelles, ce conseil communal a pris une décision courageuse. BRAL demande à la Ville et à la Région d’aller de l’avant avec une détermination inchangée, mais surtout d’engager une concertation coordonnée avec tous les riverains, les commerçants et les visiteurs du centre-ville. Il n’est pas trop tard !

Bruxelles va bientôt transformer l’esplanade devant la Bourse en place digne de ce nom, une décision qui n’est pas tombée du ciel. En 2012, BRAL lançait le concours d’idées ParcAnspachpark, tandis que Pic Nic the Streets s’arrangeait pour que le projet de bannir les voitures de cet endroit devienne une priorité politique. La même année, des actions étaient déjà organisées sur les boulevards du centre pour plaider en faveur d’une autre approche : Bruxelles a besoin d’un centre où la voiture ne règne plus en maître et laisse le champ libre à un espace public de qualité. Une évolution logique, bénéfique pour les Bruxellois comme pour les visiteurs. Tout le monde est donc satisfait, pourrait-on penser. Pourtant, la résistance est forte. Et se fait de plus en plus virulente avec les semaines qui passent.

Oui, il y a aujourd’hui de nombreux autres facteurs (tunnels, lockdown, attentats, etc.) qui compliquent une évaluation correcte de la phase de test. Et oui encore, ce que nous voyons actuellement n’est pas le « piétonnier » mais de simples travaux préparatoires. Nul ne nie plus cependant que l’approche et la communication ne sont pas adaptées. La semaine dernière par exemple, seule une poignée de personnes assistait à la soirée d’information annoncée en grande pompe par la Ville et Sibelga pour parler des travaux prévus. Dommage. Mais c’est surtout le signe qu’un changement s’impose.

BRAL demande à la Ville et à la Région d’aller de l’avant avec une détermination inchangée, mais surtout d’engager une concertation coordonnée avec tous les riverains, les commerçants et les visiteurs 

Le maillon faible : le plan de circulation

Le Conseil communal a récemment décidé que la rue de Laeken serait rouverte à la circulation à partir de la petite ceinture. Un tronçon de la rue du Midi reverra passer des voitures dans les deux sens. Ces modifications, deux mois après la fin d’une « phase de test » de huit mois, montrent que la Ville ne dispose toujours pas d’un plan d’approche clair. Sans compter que ces changements permettent à nouveau le trafic de transit à travers le Pentagone. Un résultat en opposition avec un plan de mobilité destiné à réduire la pression automobile dans le centre. Ce que nous avons retenu de la phase de test, c’est que ces deux rues voyaient passer moins de voitures, garantissant ainsi une meilleure sécurité des cyclistes par exemple. On ne peut donc que déplorer ce retournement de situation. La Ville s’est égarée dans de petites retouches ponctuelles au fil des derniers mois. Celles-ci trahissent l’improvisation et une réaction au coup par coup à des circonstances ou problèmes spécifiques. En attendant, la Ville oublie de mettre sur pied un dialogue honnête et coordonné avec les riverains et les commerçants.

Il n’y a pas de dialogue, pas de site web interactif, pas de réunions publiques, pas de plan par étapes, pas de plan de communication global, pas de gestionnaire de projet susceptible d’encadrer le processus dans les prochaines années. 

Interaction

La Ville et la Région sont les plus à blâmer de la chute de popularité que le piétonnier connaît ces derniers mois. Aucune transparence n’a été faite sur les décisions prises pendant cette période. Toutes deux mettent régulièrement les riverains devant le fait accompli, il n’y a pas de dialogue, pas de site web interactif, pas de réunions publiques, pas de plan par étapes, pas de plan de communication global, pas de gestionnaire de projet susceptible d’encadrer le processus dans les prochaines années. Autant d’éléments qui provoquent de l’amertume et du mécontentement. La politique doit garantir une plus grande transparence, bonnes et mauvaises nouvelles confondues.

C’est pourquoi BRAL et trois groupes de recherche de la VUB collectent, depuis l’année dernière, des chiffres sur les récents changements. Nous sommes donc en mesure de nous baser sur des données objectives. BRAL et la VUB organiseront également une grande journée d’étude sur le piétonnier en novembre 2016. À ce jour, la Ville ne nous a pas encore communiqué toutes les informations demandées. Pourquoi ?

Depuis les premières ébauches du projet, BRAL en appelle au dialogue avec la société civile, à un suivi professionnel et à une participation poussée. Au début de la phase de test en septembre 2015, nous avons suggéré de constituer un comité d’accompagnement composé notamment de représentants des associations et des commerçants, une proposition restée sans réponse. Ce qui est regrettable, car rien n’a d’autre n’a été fait.

Pouvons-nous faire une suggestion ?

Un tel trajet susceptible de se dérouler parallèlement aux processus de décision politiques de manière à ne pas ralentir le projet aurait pu aplanir de nombreux désaccords. Une participation des riverains ou des commerçants au débat n’implique absolument pas qu’il faille donner suite à la moindre remarque. Débat et participation peuvent aboutir à des points de vue partagés et à des solutions communes. Pourquoi ne pas laisser les riverains prendre part aux travaux de réflexion sur la manière dont nous allons passer l’été, par exemple ? De bancs et des tables de ping-pong vont-ils à nouveau être installés ? Pouvons-nous faire une suggestion ? Force est aujourd’hui de constater que c’est la polarisation qui règne et que ni la Région ni la Ville ne parviennent à offrir de réponse. Vont-elles attendre passivement la prochaine pétition ou la prochaine campagne d’affichage agressive ou vont-elles engager le débat de manière structurelle ?

BRAL ne veut pas d’un retour à des boulevards remplis de voitures et plaide pour le réaménagement rapide d’un piétonnier. Et s’il vous plaît, impliquez les Bruxellois dans ce projet !

Joost Vandenbroele – collaborateur BRAL – joost@bral.brussels